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La force féminine, selon Carola Beresford-Cooke

Interview de Carola Beresford-Cooke sur la force féminine et la place des femmes dans le Shiatsu. Propos recueillis par Marjolein Roeleveld dans le cadre de sa thèse de Shiatsu intitulée « Femmes assises ensemble » qui porte sur la force féminine, le yin le plus profond et le leadership des femmes.

Partie 2/2 : Qu’est-ce que la Force Féminine ?

Lire la première partie de l’interview dans l’article : Les femmes dans le Shiatsu, selon Carola Beresford-Cooke.

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Qu’est-ce que la force féminine selon toi ?

Carola : Je pense que cela a à voir avec l’acceptation de sa vulnérabilité. Il n’est pas possible de penser que nous pouvons être aussi fortes, physiquement, que les hommes. Et je pense qu’essayer de l’être c’est passer à côté du sujet. Non pas que nous n’en soyons pas capables, mais ce n’est pas ça qui nous rend plus fortes du point de vue féministe.

Notre force réside dans notre compréhension, notre savoir profond du comportement des hommes (ignoré des hommes eux-mêmes), de par nos qualités d’observation, d’attention, d’écoute. Là où les hommes se laissent emporter par leurs expériences et réalisations personnelles, je pense que les femmes ont la capacité de voir les choses dans leur globalité.

Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur cette connaissance profonde qu’ont les femmes ?

Carola : Beaucoup de cela est culturel. Cette même culture qui nous a renié par la force, nous a apporté d’autres compétences.

Je vais faire référence aux années 60, l’époque de la libération de la femme. Cette libération était encore une théorie, où subsistait ce sentiment de ne pas avoir le droit de s’exprimer, de faire du bruit ou prendre sa place, et cela dans l’idée d’être « gentille ». Gentillesse nécessaire pour avoir un homme.
Et lorsqu’on rencontrait un homme, s’il nous demandait « qu’est-ce que tu as fait ? », on répondait et il dirait « hum, intéressant ». Et si on lui demandait la même chose, il parlerait pendant des heures (rires) ! Et c’est là qu’on apprend l’art d’écouter, et d’observer.

Après, chacune a son cheminement. Dans mon cas, je me souviens que ma vie a été très tournée vers le fait de plaire et faire plaisir aux hommes. Jusqu’à ce que je découvre le Shiatsu, qui est ensuite devenu le centre de ma vie (rires).

C’était beaucoup comme ça dans les années 60. Aujourd’hui on a tendance à penser que les femmes se sont libérées d’un coup et que c’était fantastique. Mais celles d’entre nous qui étaient encore jeunes femmes à l’époque avaient été élevées avec cette idée que l’objectif était de trouver un homme convenable à épouser. Soudainement, on attendait de nous qu’on fasse abstraction de tout ça, tout ce qui avait été complètement forcé sur nous d’ailleurs, pour être libérées.

Je pense qu’on devrait davantage parler de ça. C’était difficile d’être libérée sexuellement. Nous n’avions absolument aucun entraînement. Il y avait beaucoup de pression. La pilule contraceptive étant disponible, les hommes clamaient « c’est bon maintenant, vous êtes libres ! ». L’expérience n’était pas joyeuse.

Actuellement, j’observe un grand tournant au niveau global. Les femmes prennent leur place et le font d’une façon différente des hommes, qu’en penses-tu ?

Carola : Je trouve ça génial !

De mon côté, je suis plutôt à un stade de retrait dans ma vie. Je ne suis pas dans cette énergie de leadership mais plutôt dans comment approcher au mieux mon prochain « portail du changement » (i.e., fin de vie). Cela amène une forme de sagesse, de courage. C’est là où moi j’en suis.

Mais cette nouvelle façon qu’ont les femmes de s’élever, c’est en grande partie la reconnaissance du bordel qu’ont mis les hommes ! On ne peut pas y échapper.

Les hommes, eux, tentent encore de rejeter la faute. « C’est la faute à un tel, à la droite, à la gauche… ».
Non ! Les femmes affirment : « c’est la faute des hommes ! » (rires).

Je pense aussi que devenir mère de garçons va permettre d’élever la prochaine génération d’hommes.

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Je perçois une différence de leadership entre les hommes et les femmes.

Je pense à un groupe de femmes qui s’appelle les Tree Sisters, fondé par Claire Dubois. C’est un projet de plantations d’arbres qui permet aux femmes d’être ensemble et de travailler leur écologie personnelle. Pour elles, avant de rendre les choses concrètes il y a des étapes, dont celle de se connaître et de se relier à la nature. L’action part de leur essence profonde.

J’ai cette sensation que le leardership d’un homme, c’est avoir un but et y aller. C’est comme l’arbre qui pousse directement vers le haut. Alors que pour les femmes se serait plutôt dans un leadership de racines : s’étendre à partir de leur centre pour aller nourrir d’autres arbres. Qu’en penses-tu ?

Carola : Il me semble que ce genre de communauté sera l’une des façons que les femmes vont pouvoir mener. Ce ne sera pas une seule personne, mais plusieurs travaillant ensemble.

Cela me rappelle une très belle expérience lors d’un rassemblement Shiatsu. Le lieu qui nous accueillait avait une très belle piscine et un groupe de femmes s’est organisé pour nager ensemble. Elles ont lancé une course d’une façon assez insolite : les meilleures nageuses devait démarrer plus tard. Donc le but n’était pas de gagner mais au contraire que toutes les femmes arrivent en même temps ! J’ai trouvé ça tellement inspirant !

Nous n’avons pas pu expérimenter ce type d’union entre femmes dans les années 60.
A cause de la vieille pensée patriarcale où la femme « existait » uniquement pour avoir un homme. Cela nous mettait en concurrence. Alors on ne pouvait pas expérimenter la communauté, mais plutôt la jalousie et la compétition. Ce n’était en rien encourageant.

J’aime vraiment les communautés de femmes qui naissent actuellement, bien que j’ai mes cicatrices. La sororité n’est pas toujours aimante.

En tant que femme, nous avons un cycle en nous et sommes reliées à ce rythme. Mais notre société actuelle nous impose de vivre sur un rythme de 24h. J’ai l’impression que nous devons nous adapter à ce rythme, qui est plutôt masculin, non ?

Carola : C’est vrai, mais ce rythme sur 24h, on en souffre tous et cela nous éloigne de la nature.

Je le relie au rôle du sang en médecine chinoise. Le sang est dépendant de notre harmonie avec les grands cycles de la nature. Avant, les communautés dans le monde célébraient ensemble ces cycles : la moisson, la première plantation, les solstices. Ces civilisations vivaient beaucoup avec les cycles de vie de la nature. Nous avons perdu cela.

Cela a rendu nos vies plus pauvres, moins riche en « sang » d’une certaine façon.

La MTC dit que les menstruations sont un signal pour les femmes de se reposer et prendre un moment pour elles. Cela me fait toujours penser aux publicités Tampax : « vous pouvez nager, jouer au tennis, vivre votre vie sans ces stupides règles ! » 

Alors que beaucoup de cultures veulent que les femmes soient seules ou au calme pendant leurs menstruations. Les tibétains disent que ce sont des moments de grand éveil spirituel. Donc c’est certainement un moment où l’on peut être plus proche de sa source.

Et on a perdu ça.

Si on était plus connectés à cela, penses-tu que cela changerait la manière dont nous traitons la planète ?

Carola : Je pense que oui. Se rapprocher de la source et de la nature aidera à protéger la planète.

Existe-t-il des cycles masculins ?

Carola : Je ne sais pas en fait ! Je vis avec un homme qui est toujours le même (rires) !
Pour les hommes, la théorie des portails tous les sept ans est intéressante. Nous sommes tous réglé.e.s par beaucoup de rythmes, le circadien, les biorythmes qui se déroulent sur 23 jours, les cycles lunaires et du système solaire.

Quoi qu’il en soit, nous sommes interconnecté.e.s et relié.e.s au tout.

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De quelle façon ressens-tu ta force féminine ? Comment pourrais-tu la définir ?

Carola : La chose qui me vient le plus souvent à l’esprit en premier quand je cherche à définir cette force, est le courage. La lutte d’une femme qui défend son enfant. Mais actuellement de plus en plus de femmes choisissent de ne pas avoir d’enfants pour différentes raisons.
Une part de cette force est aussi dans la compassion, mais bien sûr les hommes l’ont aussi.

Nous sommes tou.te.s des humains. La différence entre hommes et femmes est aussi dictée par la culture. La femme a subi la soumission pendant des centaines d’années. Je pense que ce déséquilibre sera rapidement réparé.

Les femmes et mères d’aujourd’hui donneront vie à une nouvelle génération qui fera la différence. Mon fils aussi, parce qu’il a été élevé d’une façon très différente de l’éducation que j’ai reçue.

Pourquoi il n’y a pas de méridiens reliés directement à l’utérus, alors que l’utérus est un organe tellement important, car c’est par là qu’on donne la vie ?

Carola : Si, il existe un méridien : le BAO LI ou cœur /utérus !

A propos de Marjolein Roeleveld : « Je viens d’être diplômée de l’école Zen Shiatsu d’Amsterdam avec cette thèse. J’ai une formation théâtrale (mime corporel, Etienne Decroux) et je sens que la force féminine a besoin de plus d’importance dans le monde. Dans tout mon travail, mon point de départ est le corps.
Dans « Femmes assises ensemble », j’ai interviewé des femmes en Shiatsu et en médecine orientale, et j’ai trouvé très inspirant la façon dont mes questions ont reçu des réponses différentes. J’ai également ressenti ce « savoir » universel sous-jacent en parlant à ces femmes, un savoir ancré dans la Terre Mère. Sentiment qui a donné du pouvoir à notre conversation Des femmes assises ensemble.
À l’avenir, je veux combiner mon travail de théâtre physique avec ce sujet.

Newgrange

Temple de Newgrange, Irlande.

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